Collages de Santa, écritures de Michel Lequenne.
Les reproductions de ce site sont des collages
authentiques sur papier de taille plus grande.


Chambre des poupées



Le rêve des cerfs

Du Côté de chez Sade

Du Côté de chez Sade

Jusqu’à hier, je ne croyais pas à la fatalité des tares héréditaires. Ce n’est pas parce que ce monsieur s’appelait Desade que j’allais lui prêter de mauvaises moeurs. D’autant qu’il était de très agréable compagnie, de bon ton, de langage châtié et d’une discrétion remarquable. Mais qu’il ait offert à ma fille, pour son dixième anniversaire, cette poupée en cuirs et sans culotte, sous prétexte que c’est « mode », cela commence à me faire question.

La Bonne fée

La Charmeuse de Serpent

La Charmeuse de Serpent

Certes, la poupée est un jouet d’apprentissage pour les petites filles. La plupart les incitent à devenir de bonnes mères de famille. Mais il en a aussi vêtues en infirmières, en modistes ou en coiffeuses, voire en mécaniciennes, aviatrices ou cosmonautes. « Celle-là, me dit le marchand, vise à faire naître la vocation de charmeuse de serpents. C’est un métier où l’on manque de bras.» J’ai d’abord pensé que c’était une drôle d’idée. Mais, après tout, pourquoi pas ?

Le Secret de Poupée

Le secret de Poupée

On l’appelait Poupée - et je n’ai pas trouvé trace dans les archives de son véritable nom - parce qu’elle garda son pur, doux et adorable visage d’enfant, alors que son corps était devenu celui d’une femme, et même, il faut le souligner, d’une femme sacrément bien roulée. D’où tenait-elle ce privilège ? Les habitants de la ville qu‘elle habitait prétendaient que c’était parce que ses parents l’avaient vouée à Diane, la vierge déesse chasseresse. Et il est vrai de dire qu’elle ne s’intéressait ni aux garçons de son âge ni aux hommes plus mûrs qui tous lui faisaient une cour des plus pressantes. Elle acceptait leurs cadeaux de bonbons et de colifichets, mais ne répondait à leurs sollicitations que par des plaisanteries de gamine, tant que certains, sans que cela réduisit si peu que ce fut leur passion, prétendaient que son intelligence était restée au quotient de sa tête enfantine et non à celui de son corps attrayant d’où vient, dit-on, l’esprit aux filles.
On ne sait pas ce qu’il serait advenu d’elle si le sort n’avait pas voulu que le seigneur du pays, ayant ouï parler de son étonnante beauté, vint la voir et en tomba follement amoureux. Elle ne lui fut pas plus favorable qu’à ses autres prétendants, mais , comme il était tout puissant, il l’enleva et la cloîtra dans son château dans un boudoir tout tendu de rose, mais aux fenêtres à gros barreaux et portes fermées à triple tour.
Chaque jour - voire plusieurs fois par jour - il venait lui apporter mille cadeaux en fait de colliers de perles, diamants et dessous affriolants, lui demandant, de façon chaque fois plus vive, de céder à son désir et de devenir maîtresse de tous ses biens. La belle, sans se départir d’une calme douceur, lui répondait uniformément qu’elle était vouée à Diane et que ses désirs, à elle, n’allaient pas au-delà d’une envie violente de jouer avec une poupée qu’il ne lui avait pas laissé le loisir d’emporter.
Le seigneur s’éloignait alors en jurant de façon fort blasphématoire, et se demandait souvent si elle ne se moquait pas de lui (ses mots étaient : « Si elle ne se fout pas de ma goule. »). Sa fureur n’en faisait que croître et un beau jour - si l’on ose dire que ce jour fut beau - il se jeta sur elle, dérangea sans précaution ses lingeries intimes,et fit jaillir de ses propres chausses ce que la mignonne, dans son innocence, identifia comme un gros poisson rose à oeil unique, avec lequel il apprêtait à son égard une agression criminelle, quand, lui ayant sans ménagement ouvert les cuisses, il aperçut, entre les lèvres du sexe vierge, quelque chose qui le médusa. Comme aurait dit Victor Hugo : « L’oeil était dans la fente et lorgnait le coquin. ».
On l’aura compris : c’était celui de Diane qui protégeait son élue. Le seigneur - qui n’avait pas lu Bataille - s’enfuit effaré en oubliant de fermer la porte. Ce qui fait que Poupée, remontant tranquillement sa culotte, regagna la maison paternelle où, ayant raconté la chose, on la jugea miraculée, et, sans que l’on prêtat attention aux propos des jaloux qui racontaient qu’elle avait manigancé son coup et, qu’en fait, elle était lesbienne, on la fit prêtresse du temple de la Chasseresse, restaurée à son attention.

Moi et mes varangs

Olympia

Olympia

Johann Amadeus Pygmalius de Nuremberg fut le plus grand fabricant de poupées de son temps et des autres. Chacune de celles qu'il fabriquait était à la semblance de la petite fille à laquelle elle était destinée, et il n'y en avait pas une dans la ville qui ne désirât la sienne de sa main. Or, il advint qu'un jour s'établit à son voisinage un musicien du nom d' Hoffmann dont la petite fille, Olympia, était d'une ravissante beauté. Le coeur du bon Johann Amadeus en chavira. Et selon le seul remède qu'il connaissait pour calmer ses pulsions, il entreprit de façonner l'image de la belle enfant, se disant que ce serait le chef-d'oeuvre de sa vie. il accorda à ce travail de longues nuits sans sommeil. A leur terme, il avait obtenu un portrait d'une perfection telle qu'on aurait pu confondre la réalité et l'artefact. Il compléta son oeuvre par un corps de bois articulé qui trahissait la complète ignorance dans laquelle il était de la nature du corps féminin, fut-il enfantin, en les parties que dissimulaient les vêtures. Pour ce qu'il en advint, il vous faudra vous reporter à ce qu'en écrivit le père de l'enfant, ou à ce diable nommé Offenbach.

Sur la planète des Singes

Sur la planète des Singes

Nous avons été bien étonnés quand le vaisseau spatial Pierre Boulle II nous a ramené ce cliché. Ainsi, là-bas, il ont des poupées humaines ? Plus étonnés encore quand le capitaine Nestor Némo nous a expliqué que, pour eux, les sursinges, ces poupées étaient l’équivalent de nos oursons, c’est-à-dire de petites figures animales familières avec lesquelles dorment leurs petits... leurs enfants, veux-je dire. Le prince Kong, premier ministre du King, que l’on voit ici en costume de cour, grand collectionneur par ailleurs, s’apprêtait à offrir ce modèle géant à sa fille, une charmante petite guenon qui s’habillait pour son anniversaire, dans la pièce voisine, d’une crinoline de soie au bustier brodé d’or. « Elle va être ravie, nous dit le prince : elle adore les animaux.»

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